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« Donnez-nous notre Papaye quotidienne »

21 Septembre 2017
« Donnez-nous notre Papaye quotidienne »
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Nos actions

En savoir plus sur nos actions :

Dans le cadre de son deuxième déplacement à la cantine du collège « Laura Boula » à Lifou, du 18 au 21 septembre 2017, l’équipe du projet pilote « Recettes Bénéfiques » a capitalisé sur sa première intervention du mois de juillet. Elle a à cette occasion,  annoncer la mise en ligne de la plate-forme Pacific Food Lab. Au programme de cette rencontre : présentation des futures actions du projet et de nombreux ateliers autour de la papaye.

PERENNE

« On est bien parti … nous avons une façon différente de travailler, l’équipe est motivée, le personnel lui-même apporte des papayes à la cantine, nous avons mis au menu,  tous les mercredis midis une salade de papayes vertes. Si nous avons une régularité d’approvisionnement de ce produit, nous pourrons continuer ». Le réseau existe mais il faut le renforcer, actuellement, il n’y a que 2 fournisseurs : le personnel (exemple : nous avons 40 kg de papayes qui ont été apportées par Sylvie, cuisinière au froid de la cantine de Laura Boula) et les petits producteurs du coin. Il nous faut un réseau fiable de fournisseurs. Pour 2018, il faudra que nous travaillons avec les infrastructures existantes et renforcer le réseau institutionnel.

BENEFIQUE

Une autre question fondamentale se pose : « En quoi la papaye est un ingrédient bénéfique par son exemplarité dans notre repas quotidien à Lifou ? » Quand nous posons la question à Freddy sa réponse est sans appel : « Tout d’abord, la papaye pousse toute l’année, ensuite c’est un produit vecteur d’insertion pour les jeunes en terme d’ échanges commerciaux … de plus, on peut tout faire avec cet ingrédient : entrées, plats, desserts, et assaisonnements. Il  s’intègre facilement dans les petits déjeuners ( fruits, jus … il n’y a pas de pertes … La papaye est un aliment porteur de quelque chose ! ». Cet échange démontre leur bonne connaissance de ce fruit ; ses avantages dans son utilisation, à 99,5 % bio, effectivement, elle pousse naturellement sans engrais chimiques. La cueillette s’effectue de manière traditionnelle à la main et nécessite peu de moyens.

UN ALIMENT "MULTIPASS"

Qu’elle soit verte ou jaune, mûre ou non, elle peut être considérée comme un fruit et/ou un légume. Le coco et la papaye sont des aliments qui font partie de la culture alimentaire à Lifou : « On grandit avec ça », insiste Freddy. Par ailleurs, la feuille de papaye est utilisée en cuisine pour faire mariner la viande. Dès le plus jeune âge, l’enfant apprend à manipuler les couteaux avec la papaye car c’est un fruit mou. Elle s’utilise dans les pharmacopées traditionnelles. Atout non négligeable également de la papaye verte ; c’est la durée de conservation (5/6 jours en extérieur et plus d’un mois au réfrigérateur). Cela peut permettre de palier aux ruptures d’approvisionnements signalées en début de réunion. Par exemple, lors de cyclones, on peut tomber en rupture de papayes, il serait judicieux d’en conserver régulièrement.

SYMBOLIQUE

Le papayer se trouve aux abords de la cantine et fait partie intégrante du paysage. L’équipe décide d’aller sous le papayer afin de s’imprégner du fruit et de tout ce qu’il symbolise. Cet arbre fruitier fait remonter en chacun, des souvenirs d’enfance, d’adolescence, et familiaux. Pour chaque habitant de Lifou, la papaye représente une étape de la vie. En effet, le bébé mange le fruit, puis l’adolescent chasse les roussettes qui se nourrissent des papayes, à l’âge adulte on utilise la papaye en production et en transformation, enfin les anciens se soignent avec la papaye et apprécient le goût sucré de celle-ci. On retourne en enfance, c’est un cycle de vie. Freddy ajoute : « La papaye c’est la vie … Un papayer pousse partout, tout le temps et je ne dépends de personne pour m’approvisionner … Il y a toujours une anecdote sur la papaye à raconter », ajoute Yann. Pour Gabriel : « Le papayer est le totem sur lequel on va s’appuyer … il est le meilleur ami de l’Homme en pays Drehu ». Des phrases fortes, qui illustrent parfaitement le rôle fondamental de la papaye dans la culture de Lifou. L’équipe se rend dans le champ de Sylvie. Faire la coutume dans la grande case, est un chemin obligatoire avant d’aller récolter les papayes. Un moment spirituel très fort de respect et de communion.

AUTONOMIE

L’équipe projet s’est rendue au marché municipal afin d’acheter des produits pour la réalisation des recettes prévues pendant leur séjour à Lifou. Le marché  est un lieu de rendez-vous incontournable des habitants. Une discussion improvisée au sujet de l’autonomie alimentaire de Lifou s’instaure entre Mr. Walewene Elia (chef de service de l’enseignement), Mr Luepack Henry Taama (directeur de l’internat), Dominique Wing Ka (chef de cantine à Auteuil) et Gabriel Levionnois. « Et si Lifou était coupée du monde que se passerait-il ? »,  s’interroge Mr. Walewene. Après un moment de réflexion, « Donnez-nous aujourd’hui notre papaye quotidienne » est la phrase prononcée par Elia qui juge de la nécessité d’être autonome, d’utiliser les produits locaux et de ne pas dépendre des importations. Cette réflexion nous a permis de construire notre atelier pédagogique. Les règles sont simples : par groupe de 5, « racontez une histoire » : « Si Lifou était coupée du monde, sans aucun bateau, sans moyens de communication, plus rien, que faudrait-il faire ? ».  à travers de ce jeu, l’équipe pilote pousse les enfants à trouver des solutions qui  tournent globalement autour de l’autosuffisance. Suite à des questions comme : « comment vivre sans ce qu’on a aujourd’hui ? » … « comment apprendre à vivre comme les anciens ? » … « comment survivre plus d’un mois ? » … Les solutions proposées par chaque groupe  fusent : cultiver des champs, faire des réserves d’eau et de l élevage, ainsi que faire preuve d’entraide et de savoir-vivre. à la suite de ces échanges,  un débriefing entre l’équipe projet, Dominique Wing Ka, et Yann le directeur de l’établissement montre une réelle prise de conscience des enfants  face à la difficulté d’être autosuffisant par rapport à l’alimentation quotidienne ainsi que l’importance de définir une souveraineté.

Une question demeure : faut-il sensibiliser les adultes et les producteurs au sujet de l alimentation durable au quotidien ?